Textes :
- Dionysos Thrace, Tekhnè grammatikè. (en cours de trad.)
- Ammonios (Hermias), Commentaire au Peri Hermeneias, exposition des cinq types discursifs.
- [Anonyme], De principatu (éd. 1686 ; en cours de trad.)
- Théophraste, Métaphysique (en cours trad.)
Tutorat :
- textes d'entaînement en séance
Aristote, Métaphysique, livre Gamma (en bilingue ou en version)
Kant, Critique de la raison pratique, I. §1 + scolie
Descartes, Discours de la méthode [...], 1ere p.
Platon, Ion. (en bilingue ou en version)
Hegel, Phénoménologie de l'Esprit (comparaison des trad. sur le chap. de l'Esprit Absolu)
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Dans cette petite séquence sur le premier chapitre du Peri hermeneias (P.H.) et du De interpretatione (D.I.), on présente le texte d'Aristote et la traduction qu'en a donné Boèce. Nous avons divisé le texte en 3 parties : elles correspondent au découpage de Boèce lui-même et d'Ammonios Hermias.
On présente ensuite la traduction française de J. Tricot.
L'idée générale est, à partir de ces 3 textes - que je pense bien distincts -, de faire voir comment ils ont été fabriqués.
Premier chapitre du Peri Hermeneias.
Premier chapitre du De intepretatione.
Primum oportet constituere, quid nomen et quid uerbum, postea quid est negatio et affirmatio et enuntiatio et oratio.
Sunt ergo ea quae sunt in uoce earum quae sunt in anima passionum notae et ea quae scribuntur eorum quae sunt in uoce. Et quemadmodum nec litterae omnibus eaedem, sic nec uoces eaedem. Quorum
autem haec primorum notae, eaedem omnibus passiones animae et quorum hae similitudines, res etiam eaedem. De his quidem dictum est in his quae sunt dicta de anima, alterius est enim negotii.
Est autem, quemadmodum in anima aliquotiens quidem intellectus sine uero uel falso, aliquotiens autem cui iam necesse est horum alterum inesse, sic etiam in uoce ; circa compositionem enim et
diuisionem est falsitas ueritasque nomina igitur ipsa et uerba consimilia sunt sine compositione uel diuisione intellectui, ut homo uel album, quando non additur aliquid, neque enim adhuc uerum
aut falsum est. Huius autem signum hoc est : hircoceruus enim significat aliquid sed nondum uerum uel falsum, si non uel esse uel non esse addatur, uel simpliciter uel secundum tempus.
J. Tricot a fait sa vraiment très belle traduction sur le texte grec (et sûrement en s'appuyant sur le latin, comme ses notes d'édition mentionnent Boèce, il devait avoir sa traduction en main). On le cite (Aristote, Catégories, De l'interprétation, Organon I et II, pp.89-90, tr. J. Tricot, Vrin) : [P.H., 16a1-18]
« Il faut d'abord établir la nature du nom et celle du verbe : ensuite celle de la négation et de l'affirmation, de la proposition et du discours.
- Les sons émis par la voix sont les symboles des états de l'âme, et les mots écrits les symboles des mots émis par la voix. Et de même que l'écriture n'est pas la même chez tous les hommes, les mots parlés ne sont pas non plus les mêmes, bien que les états de l'âme dont ces expressions sont les signes immédiats soient identiques chez tous, comme sont identiques aussi les choses dont ces états sont les images. Ce sujet a été traité dans notre livre de l'Âme, car il intéresse une discipline différente.
- Et de même qu'il existe dans l'âme tantôt un concept indépendant du vrai ou du faux, et tantôt un concept à qui appartient nécessairement l'un ou l'autre, ainsi en est-il pour la parole ; car c'est dans la composition et la division que consiste le vrai et le faux. En eux-mêmes les noms et les verbes sont semblables à la notion qui n'a ni composition, ni division : tels sont l'homme, le blanc, quand on n'y ajoute rien, car ils ne sont encore ni vrais, ni faux. En voici une preuve : bouc-cerf signifie bien quelque chose, mais il n'est encore ni vrai, ni faux, à moins d'ajouter qu'il est ou qu'il n'est pas, absolument parlant ou avec référence au temps. »
[nous avons reproduit fidèlement son texte, à l'exception de la casse en paragraphes qui est de nous, pour s'aligner sur P.H. et D.I. ; les tirets et les italiques sont de Tricot ; on n'a pas reproduit les notes de bas de page, bien qu'elles justifient un certain nombre de décisions de traduction.]
Quels sont les critères d'une vraiment très belle traduction ?
- la clarté du français : le texte de Tricot est - je le dis tout de suite - beaucoup plus clair que le texte grec et même le latin (ça ne signifie pas que le grec et le latin le soient eux-mêmes...)
- la reponctuation : c'est vrai qu'on n'est pas obligé de suivre la ponctuation de l'éditeur (je ne le fais pas assez), ou de ne pas souligner les mots qu'on trouve importants (je ne le fais pas non plus assez)
- le nombre oratoire : le nombre des mots est [vaguement] respecté - compte tenu de la gourmandise pronominale et prépositionnelle du français - (dans l'idéal, il faudrait traduire un mot par un mot, comme Google)
- les décisions de traduction sont motivées (bien que je ne les fasse pas apparaître : une partie d'entre telles renvoie à d'autres textes d'Aristote qui fournissent des lieux plus explicites, l'autre partie s'appuie sur des commentateurs et des éditeurs dont, de toute façon, nos éditions de référence dépendent).
La liste des critères n'est pas exhaustive. Le grand mérite de J. Tricot est de prendre le lecteur par la main pour accéder au texte d'Aristote, je veux dire que sans lui, je n'aurais jamais rien compris ni au texte d'Aristote ni d'ailleurs à celui de Boèce.
Le titre thématique que J. Tricot rajoute en tête de son texte, < Paroles, pensées et choses - Le vrai et le faux >, affiche directement ce qu'il va falloir réussir à placer dans des cases en relation les unes avec les autres. En théorie, cela donne le triangle sémantique, qui figure principalement la relation entre le mot et la pensée, et celle de la pensée avec la chose. En pratique, Aristote et Boèce disent complètement autre chose - qui peut bien se reconfigurer dans la structure que lui donne J. Tricot, mais moyennant certaines opérations qui ont chacune un coût.
On suit le découpage du texte en 3 parties.
I. "Prôton dei thesthai" est strictement imité par Boèce en : "Primum oportet constituere". C'est quasiment un calque parfait, prôton est comme primum un adjectif au neutre mis en adverbe, dei est comme oportet un verbe défectif signifiant "il faut", à la rigueur "thesthai" [poser] aurait pu donner lieu à une solution peut-être moins latine que "constituere" [faire tenir debout ensemble/de façon achevée], qui a un sens juridique dès Cicéron qui l'emploie pour instituer, notamment, la civilisation, les lois, le droit et son application dans les tribunaux (De oratore, I, §§32-33). Constituere est de plus un infinitif présent actif - tandis que thesthai est un infinitif aoriste moyen -, on peut considérer que ce sont là deux tournures qui ont la même valeur : le latin reproduirait par le préfixe *con- [cum : ensemble/de façon achevée] la valeur aspectuelle de l'aoriste moyen de thesthai [l'aoriste est un temps secondaire ayant une valeur aspectuelle, celle de l'achèvement, comme celle du perfectum latin ; la voix moyenne pourrait seulement correspondre à un alignement sur la valeur très neutre du verbe "dei"].
Thesthai et stare [dans con-stituere, *cum-stitere < *cum-stare] ont pratiquement le même sens, ponere aurait pu convenir, mais Boèce semble bien aimer le garder pour tout ce qui est "composition" [componere], des procédés actifs d'association, d'assemblage de choses, etc.
De la même façon, le reste de la phrase est un calque rigoureux : "quid nomen et quid uerbum, postea quid est negatio et affirmatio et enuntiatio et oratio" est le complément d'objet de l'infinitif "thesthai/constituere". La présence du pronom interrogatif neutre "quid" répond strictement au pronom interrogatif neutre grec "ti [tonique]", et souligne, comme le fait la traduction de J. Tricot, l'interrogation sur la nature du nom, du verbe, etc., sur ce que c'est qu'un nom, qu'un verbe, etc.
Je ne m'étends pas plus sur cette première phrase qui me semble donner lieu à un calque exact chez Boèce et même chez J. Tricot qui met Aristote et Boèce d'accord en employant l'infinitif "établir" qui recouvre bien les sens de thesthai et de constituere (même jusqu'au sens de l'institution, de l'établissement, du "status" qui a donné Etat - plus parlant en anglais : establishment). Je signale tout de même mon désaccord sur la traduction française de "apophansis/enuntiatio" par "proposition". Le marqueur du point d'origine "ap[o]/e[x]"ne signifie rien d'autre que c'est "montré/annoncé" à partir de quelque chose comme une pensée, une notion. Il me semble donc que "déclaration" est plus neutre, et manifeste mieux l'étendue de l'apophansis qui, par spécialisation dans un certain type discursif (celui de la démonstration en particulier), peut bien devenir la proposition "logique" ; mais dès la première phrase du traité, il me semble un peu cavalier de consentir à cette réduction. Surtout si l'on considère qu'une proposition est quelque chose de "propositif", qu'il suppose soit qu'on le soumette à d'adhésion d'un allocutaire, soit qu'on pose au moins deux choses l'une devant l'autre (une prémisse devant une conclusion par exemple, un sujet devant un prédicat ; une déclaration ne suppose pas ce type de construction).
II. On peut maintenant indiquer la traduction récente de C. Dalimier, parue en 2007 en GF. On aura, d'une manière générale, toujours intérêt à travailler avec la traduction Tricot et une autre traduction (plus récente, si elle existe ; dans le cas contraire : il faut la faire soi-même).
Syntaxe de Esti
sujet possible : ta ; sumbola ; ta sumbola ; ta graphomena
compléments possibles :
attribut du sujet (nominatif : idem sujet possible) ;
accusatif de relation ("quant à" : idem sujet possible)
génitif (participation : tôn pathèmatôn ; tôn) ;
datif (attribution : candidats bloqués par "en")
Esti > solution du gallicisme inapplicable = le verbe accorde grammaticalement les nominatifs entre eux (au moins un sujet et son attribut = x est y) ;
le verbe établit des équivalences entre des ITEMS qui sont identifiés par un locatif de façon systématique ;
ce qui se trouve dans l'âme est plus clair : pathèmata ;
ce qui se trouve dans la voix est éclairé par l'équivalence admise avec les graphomena (on ne retient dans la voix que ce qui peut être écrit OU peint > on passe du sonore au visuel (pictural) = langage oral/langage écrit ?) ;
Boèce suppléé en latin le verbes être à toutes les positions où il est senti.
Passage de l'article grec "to, ta" au démonstratif latin "is, ea, id" + relatif "quis, quae, quod" > traduction de l'article défini par le démonstratif précisé par la subordonnée relative (traduction périphrastique) = le/la >> ce/cet/cette qui [précisément]... le latin n'a pas d'article (défini)
L'introduction du relatif appelle le verbe être : reduplication de "sunt"
Condition de grammaticalité : suppression de tous les compléments
en tête de phrase, paroxyton, admet la traduction : il y aEsti ta sumbola kai ta graphomena
mobilier de base : il y a des symboles et des [items] écrits.
Hypothèse : les compléments permettent de distinguer les deux. Symbole et écrits coïncident en un sens : /caractère/, /notation/ ou /renvoi à autre chose/ ou /déictique/.
Réintroduction des locatifs :
Esti ta en tèi phônèi en tèi psukhèi sumbola, kai ta graphomena en tèi phônèi
Duplication de phônè incompréhensible à cause de la collusion avec psukhè.
Réintroduction des compléments de noms :
Esti men oun ta en tèi phônèi tôn en tèi psukhèi pathèmatôn sumbola, kai ta graphomena tôn en tèi psukhèi.
Remarque : les articles peuvent se rapporter au mot qui leur correspond en cas grammatical, genre et nombre : ta... sumbola ; tôn... pathèmatôn... tôn.
Commentaires Récents